** Ce texte est une dénonciation des cas de violence conjuguale et/ou familiale. Si vous en êtes victimes, sachez que, peu importe à quel point on vous a rabaissé psychologiquement, vous valez mieux que des coups et vous ne méritez pas ça! Dites-le, parlez-en, mais de grâce, ne gardez pas cela pour vous....
MORTE
Je ne croyais pas qu'un jour ma propre vie deviendrait le pire de mes cauchemars. Je ne croyais pas non plus que, même chez moi, sous mon propre toit, je serais en prison. Du coup, tous les fantômes de mon passé sont revenus me posséder. Ces nuits de violence, mon père ennivré d'alcool, qui brutalisait ma mère et tous ces coups que je prenais pour la défendre. À chaque fois, je croyais qu'il allait la tuer... Il était trop imbibé pour savoir quand cesser de la frapper, trop inconscient pour maîtriser ses pulsions de violence destructive. Je devais m'interposer, ne serait-ce que pour la garder en vie, parce que mes soeurs et moi avions encore besoin d'elle.
Après toutes ces souffrances, même en temps de guerre, je ne cessais de me promettre que jamais, je ne resterais avec un homme qui oserait lever un jour la main sur moi. Je ne deviendrais pas cette femme soumise qui encaisse sans ne dire un mot. Je me battrais pour mes convictions. Je serais entendue et respectée. C'est facile de se promettre cela à soi-même lorsque nous ne sommes pas plongés jusqu'au cou dans la situation.
J'ai commis une erreur quand je lui ai offert ma confiance. J'ai gaffé quand j'ai laissé entrer un inconnu dans ma vie, mais encore plus quand je suis tombée amoureuse de lui. Maintenant, j'en paie le prix. Le coût pour ces bénifices éphémères et sans réelle valeur. Le prix à payer pour être à SES côtés, pour côtoyer Monsieur le mannequin, qui fait l'amour comme un Dieu et la liste d'éloges s'arrête à peu près là. C'est dispendieux le privilège de sa présence. Il est en train de me ruiner en me faisant revivre tous ces scénarios d'horreur qui ont troublé mon enfance.
Cette nuit, l'ancienne moi, cette femme forte et fière est décédée. Cette nuit, la vie qu'il y avait en elle, la lumière qui scintillait dans ses yeux et tous ses espoirs de bonheur éventuel, ont disparu. Tous envolés, partis en fumée, en même temps que son amour-propre.
Je suis morte intérieurement et je n'existe dorénavant que physiquement. J'ai perdu la vue sous ta force, j'ai goûté la sang le temps d'un coup de poing et mes yeux ont pleuré de douleur. Le bourreau a déchaîné sa colère. J'ai les souvenirs de cette violence de tatoués sur la peau et la douleur aux mouvements, mais ce mal physique n'est rien à comparer de la honte, le dégoût qui m'habitent.
Restreinte au silence et soumise, je le deviendrai, si ce n'est que pour éviter une autre attaque. Cette nuit, tu as atteint des seuils de méchanceté dont je ne te croyais pas capable. Cette nuit, tu as dépassé les bornes du tolérable et du même coup, tu as perdu cet amour et ce respect que j'avais pour toi. Tu crois avoir l'ultime pouvoir, mais même Dieu n'aurait osé ce que toi, tu t'es permis...
Mon coeur est maintenant de pierre. Plus jamais je ne serai capable de ressentir, m'ouvrir à nouveau. Je ne dirai plus rien et n'aurai plus aucune réaction. Mon cahier sera ma porte de sortie, mon refuge. Si au moins j'avais connu son amour, ne serait-ce qu'un instant, ça en aurait déjà valu plus la peine... mais je n'ai connu que son amour pour sa propre personne, si imbu de lui-même...
Le visage gonflé, je suis sortie sur le balcon et j'ai vu l'aube se lever sur l'atrocité de la nuit. Dans le ciel, quelques oiseaux qui volaient paisiblement. Je me suis surprise à les envier, à désirer les imiter; pouvoir m'enfuir librement sans aucune responsabilité, sans n'avoir besoin d'argent pour pouvoir survivre. Pouvoir être libre à nouveau.
La vie est une pute, un champs de bataille et de vivre constamment à tes côtés, de coucher avec l'ennemi jour après jour, va me le remémorer à chaque jour. Y'a plus rien qui en vaut la peine. J'abandonne.
Je n'ai nul choix que de faire face à la constatation: Je suis devenue ce que je méprisais chez ma mère...